Lucie Bonvalet

Nicolas Sarközy de Nagy-Bosca

Dernière modification
Mardi 29 Mai 2012 - 18:48
Sarkozy Louxor
Le 27 décembre 2007

La "virée people" de Nicolas Sarkozy à Louxor suscite des réactions peu amènes en Europe

Les photos de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni à Louxor (Haute-Egypte) ont fait, mercredi 26 décembre, le tour du monde. Aux Etats-Unis, elles ont été reprises par les journaux accompagnées d'une courte synthèse dans la page people. C'est surtout en Europe que les commentateurs politiques s'y sont intéressés, s'interrogeant, souvent de façon peu amène, sur le nouveau style de la présidence française.

Ainsi, en Italie, le quotidien La Repubblica, sous la plume de Bernardo Valli, se demande, jeudi 27 décembre, si, "à la veille de son cinquantième anniversaire, la Ve République n'a pas changé de visage", si "son sixième président, actuellement en fonction, n'est pas en train d'en écrire l'épitaphe". L'éditorialiste décrit "sur le trône de De Gaulle, un président en manches de chemise, avec la chemise déboutonnée et les lunettes de soleil d'Alain Delon, qui reçoit ses ministres les pieds sur la table et tutoie (presque) tout le monde".

"CELA TOURNE VITE AU VULGAIRE"

L'autre grand quotidien, Il Corriere della Sera, consacre sur deux pages un reportage très illustré et plutôt ironique aux "deux fiancés". En Espagne, où M. Sarkozy est bien en cour et suscite depuis sa campagne présidentielle une curiosité bienveillante, même les journaux conservateurs El Mundo et ABC s'étendent sur le coût du séjour et le rôle de Vincent Bolloré, après le prêt de son yacht à Malte.

C'est en Allemagne que les commentaires sont les plus durs, confirmant la difficulté outre-Rhin à s'habituer à un président de la République française dont les comportements désarçonnent les Allemands, qui ont toujours eu le sentiment qu'il ne les portait pas dans son cœur. A l'unisson, la presse accuse le chef d'Etat de chercher une fois encore à se mettre en scène, souvent au préjudice de sa fonction. "Au lieu de se démener, comme le reste de la classe politique du pays, sur le pouvoir d'achat, les retraites ou les délocalisations, il s'en va le week-end à Disneyland", note le magazine de droite Focus dans son édition en ligne, qui décrit un président à la recherche de "trophées".

"Ehonté, irritant, narcissique", s'agaçait la Süddeutsche Zeitung dès le 21 décembre : "Ses prédécesseurs aussi aimaient le luxe. Chez Sarkozy, cependant, cela tourne vite au vulgaire." "Les Français ne peuvent que constater à quel point ce nouveau Napoléon est imprévisible", conclut le Berliner Zeitung du 24 décembre.

En Belgique, tous les titres, francophones et néerlandophones, plaçaient en "une", mercredi, les photos de Louxor. Une "virée people" selon Le Soir, pour lequel "Sarko termine 2007 sûr de lui, arrogant, espérant mettre un voile sur ses premiers vrais déboires".

Aux Pays-Bas, le quotidien de référence NRC-Handelsblad s'interrogeait, jeudi, sur "ce qui se déroule vraiment à l'Elysée, où l'on semble tourner un remake de Louis de Funès".

Peut-être par trop habituée aux controverses entourant les voyages privés de l'ancien premier ministre Tony Blair, la presse britannique, qui avait fait ses choux gras de l'officialisation de la nouvelle liaison présidentielle au parc Disneyland, s'est faite plus discrète. "Kozy et sa copine sur les rives du Nil", titrait le tabloïd The Sun. Dimanche, The Independent ironisait sur un "Sarkozy qui a réinventé la présidence de la France à l'époque du star-system". M. Sarkozy est "le candidat unique d'un studio de 'Loft Story' appelé Elysée, une star de soap opera", écrivait le journal.

Henri de Bresson (avec nos correspondants en Europe et à Washington)

Source: Le Monde

Le 27 décembre 2007

Revue de web internationale sur les vacances de Nicolas Sarkozy en Egypte

Le «Old Winter Palace» de Louxor, où Nicolas Sarkozy passe ses vacances de Noël avec Carla Bruni, n'est pas n'importe quel hôtel. «Winston Churchill et Margaret Thatcher, Giscard d'Estaing et Jimmy Carter font partie des ceux qui y ont séjourné», indique le quotidien britannique «The Independent». C'est aussi ici que l'archéologue Howard Carter a annoncé avoir découvert rien de moins que la tombe de Toutankhamon. «Mais peu de ces illustres visiteurs ont attiré une telle caravane médiatique», souligne le journal. C'est que depuis qu'il s'est présenté en compagnie de sa nouvelle petite amie à Disneyland, «Sarkozy porte une pancarte "prends-moi en photo" autour du cou».

«La monarchie républicaine inventée par Charles de Gaulle - distante, discrète, solennelle, hautaine - a disparu quelque part entre le château de Cendrillon et Space Mountain», confirme le journal néo-zélandais «New Zealand Herald». «Sarkozy réinvente la France pour une ère bling-bling», titre-il. Le Président serait devenu «le seul participant d'un "Big Brother" [une émission de télé-réalité] dans une maison appelée l'Elysée». D'ailleurs inquiet, le «Times of India» se demande si «les gens ne vont pas le juger davantage sur sa petite amie que sur la qualité de son travail de président».

En compagnie de Tony Blair

C'est donc en Egypte que le spectacle s'est déplacé pour quelques jours. A Louxor (rebaptisé pour l'occasion «Luxor-y» [«luxe en anglais] par «The Sun») où, souligne le «Herald Tribune», «Tony Blair arrive jeudi pour ses vacances». Il séjournera, devinez où, au «Old Winter Palace», précise même le grand quotidien international.

Est-ce pour le croiser que Nicolas Sarkozy a fait le choix de l'Egypte, se demande Arthur Goldhammer, professeur américain de civilisation française sur son blog. «Le choix de l'Amérique comme une première destination de vacances avait provoqué beaucoup de commentaires mais celui de se rendre à Louxor est moins facile à interpréter», écrit-il. «Est-ce l'idée d'être pris en photo au milieu des antiquités et l'occasion de rendre hommage à une hégémonie moyen-orientale suffisamment ancienne pour être inoffensive?» Ou «tout simplement les eaux chaudes du Nil comme arrière-plan exotique et approprié pour une romance que l'on suppose torride?». On est donc loin du «langage d'humilité qui était venu si facilement aux lèvres du président à l'église Saint-Jean-de-Latran», poursuit l'universitaire qui rappelle que Nicolas Sarkozy, s'adressant aux prêtres à Rome, leur avait dit : «comme vous, je suis un humble servant appelé à une tâche immense et transcendante».

Une bague de fiançailles

Plus terre à terre, le «Daily Mail» a remarqué quelque chose de louche. «Une chose a flashé encore plus que les appareils photos des paparazzi. C'était la bague que Carla Bruni portait au quatrième doigt», a constaté le journal, photo à l'appui. De là à faire état de rumeurs sur une «bague de fiançailles» que le président lui aurait offert, il n'y a qu'un petit pas que le tabloïd n'a pas hésité à franchir.

Pourtant, souligne le site de la télévision irakienne «Alsumaria», Carla Bruni «avait annoncé pendant la campagne présidentielle qu'elle soutenait la principale opposante à Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, la candidate communiste [sic]».

Pour les Coréens du journal «Chugan Dong-a», il est «assez extraordinaire» que les journalistes français se passionnent pour l'histoire d'amour du président. «Selon des règles non-écrites, les histoires de cœur des anciens présidents n'étaient révélées qu'après beaucoup de temps».

Un élément dont fait également part sur son blog Charles Bremmer, le correspondant du «Times» à Paris. «Les anciens présidents disparaissaient pendant la semaine de Noël dans des luxueux hôtels en Egypte ou dans l'océan Indien. Ils étaient parfois accompagnés de femmes qui n'étaient pas leur épouse. (...) Mais les anciens présidents étaient toujours discrets et personne ne savait où ils se trouvaient», écrit-il. Et de conclure : «Sarkozy dit vouloir moderniser le côté monarchique de la Ve République en agissant comme un simple gars qui a réussi, qui a une copine tapageuse et qui apprécie les bonnes choses de la vie. Pour l'instant, son style fonctionne. Mais il prend le risque que la tolérance tourne au ridicule».

Alexandre Sulzer

Source: 20 minutes